Sainte Jeanne d’Arc par elle-même et par ses témoins

À l’occasion du centenaire de la canonisation de saint Jeanne d’Arc (1920-2020), nous vous recommandons la lecture du célèbre livre de Régine Pernoud, un classique qui sera toujours une référence pour le sérieux avec lequel l’auteur cite et utilise les textes anciens. En voici quelques extraits.

Les origines et l’enfance

Jeannette, dont il s’agit, est née à Domremy et a été baptisée dans l’église de Saint-Remy, paroisse de ce lieu. Son père s’appelait Jacques d’Arc et sa mère Isabelette, de leur vivant laboureurs à Domremy ; à ce que j’ai vu et su, c’étaient de bons et fidèles catholiques et de bons laboureurs, de bonne réputation et d’honnête conversation, selon l’état de laboureur ; car plusieurs fois, j’ai conversé avec eux.

J’ai été moi-même l’un des parrains de Jeanne ; elle eut pour marraines la femme d’Etienne Royer et Béatrice veuve d’Estellin demeurant dans la ville de Domremy, et Jeannette, veuve de Tiercelin de Viteau, demeurant dans la ville de Neufchâteau.

Jeannette, en son premier âge, était bien et convenablement élevée dans la foi et les bonnes mœurs, et telle que presque tous les habitants de Domremy l’aimaient ; et Jeannette connaissait sa croyance, le Notre Père, l’Ave Maria, comme le savent les fillettes de son âge.

Jeannette était d’honnête conversation, comme peut l’être une fille de son état, car ses parents n’étaient pas bien riches ; et dans sa jeunesse et jusqu’au moment où elle a quitté la maison de son père, elle allait à la charrue et gardait parfois les animaux aux champs, et faisait les ouvrages de femme, filer et tout le reste.

Jeannette allait volontiers et souvent à l’église et à l’ermitage de Notre-Dame de Bermont, près de la ville de Domremy, quand ses parents croyaient qu’elle était à la charrue, aux champs ou ailleurs. Quand elle entendait sonner la messe et qu’elle était aux champs, elle s’en venait à la ville et à l’église pour entendre la messe, comme je l’ai vu faire. Je l’ai vue se confesser au temps pascal et autres fêtes solennelles ; elle se confessait à messire Guillaume Front, alors curé de l’église paroissiale Saint-Remy de Domremy.

Jean Moreau cité par Régine Pernoud dans « Jeanne d’Arc par elle-même et par ses témoins », p. 14-15.

Jeanne, à ce que j’ai vu, était bonne, simple, douce fille, de bonne conduite. Elle allait volontiers à l’église, comme je l’ai vu, car, presque chaque samedi après-midi, Jeanne, avec sa sœur et d’autres femmes, allait à l’ermitage de Notre-Dame de Bermont et portait des cierges ; elle était très dévote envers Dieu et la bienheureuse Vierge, au point qu’à cause de sa piété, moi-même, qui était jeune alors et d’autres jeunes gens, nous la taquinions.

Elle travaillait volontiers, veillait à la nourriture des bêtes, s’occupait volontiers des animaux de la maison de son père, filait et faisait les travaux de la maison.

J’ai entendu dire par messire Guillaume Front, autrefois curé de la paroisse, que Jeanne était bonne catholique, qu’il n’en avait jamais vu meilleure et n’avait meilleure en sa paroisse.

Colin de Greux, cité par Régine Pernoud dans « Jeanne d’Arc par elle-même et par ses témoins », p. 16-17.

La vocation et le départ

Jeanne : Quand j’eus l’âge de treize ans, j’ai eu une voix de Dieu pour m’aider à me gouverner. Et la première fois, j’eus grand peur. Et vint cette voix environ l’heure de midi, au temps de l’été, dans le jardin de mon père ; je n’avais pas jeûné la veille.

J’ai entendu la voix du côté droit, vers l’église ; et rarement je l’entends sans clarté. (…) Quand je suis venue en France, souvent j’entendais cette voix… La voix m’était envoyée de par Dieu et, après que j’aie entendu trois fois cette voix, j’ai connu que c’était la voix d’un ange. Cette voix m’a toujours bien gardée et je l’ai toujours bien comprise.

– Quelle sorte d’aide dites-vous que cette voix vous ait apportée pour le salut de votre âme ?

Jeanne : Elle m’a appris à me bien diriger, à fréquenter l’église. (…) La voix me disait que j’irais en France et je ne pouvais durer où j’étais. La voix me disait que je lèverais le siège mis devant la cité d’Orléans.

La voix m’a dit aussi que je m’en aille à Robert de Baudricourt dans la forteresse de Vaucouleurs, le capitaine du dit lieu, qu’il me donne des gens pour aller avec moi. Et moi, je lui ai répondu que j’étais une pauvre fille qui ne savait chevaucher ni conduire la guerre.

Régine Pernoud, « Jeanne d’Arc par elle-même et par ses témoins », p. 30.

Quand Jeanne la Pucelle fut parvenue aux lieu et ville de Vaucouleurs (…) je lui ai parlé, disant : “Ma mie, que faites-vous ici ? Ne faut-il pas que le roi soit jeté hors du royaume et que nous soyons Anglais ?”

Et la Pucelle me répondit : “Je suis venue ici (…) pour parler à Robert de Baudricourt pour qu’il veuille me conduire ou me faire conduire au roi, mais il ne fait pas attention à mes paroles. Et pourtant, avant que ce soit mi-carême, il faut que je sois auprès du roi, dussé-je m’y user les pieds jusqu’aux genoux. Il n’y a, en effet, personne au monde, ni roi, ni du duc, ni fille du roi d’Écosse, ou autre qui puisse recouvrir le royaume de France. Et il n’aura secours si ce n’est de moi. Bien que j’eusse bien préféré rester à filer auprès de ma pauvre mère, car ce n’est pas mon état, mais il faut que j’aille et que je fasse cela, car mon Seigneur veut que j’agisse ainsi.” (…)

Alors, je lui ai demandé si elle voulait s’en aller avec ces vêtements. Elle me répondit qu’elle préférait avoir des vêtements d’homme. Alors, je lui ai donné des vêtements et chausses de mes serviteurs pour qu’elle puisse les revêtir. Et cela fait, des habitants de Vaucouleurs lui ont fait faire des vêtements d’homme et des chaussures et tout ce qui lui était nécessaire et ils lui remirent un cheval qui coûtait seize francs environ.

Jean de Novellompont, cité par Régine Pernoud dans « Jeanne d’Arc par elle-même et par ses témoins », p. 36.

Lorsqu’ils revinrent, certains habitants de la ville lui firent faire une tunique, des chausses, des houseaux, des éperons, une épée et autres choses semblables, et lui achetèrent un cheval, et Jean de Metz, Bertrand de Poulengy, Colet de Vienne avec trois autres, la conduisirent au lieu où était le dauphin. Je les ai vus monter à cheval pour s’en aller.

Catherine Le Royer de Vaucouleurs, citée par Régine Pernoud dans « Jeanne d’Arc par elle-même et par ses témoins », p. 36.

Jeanne devant le Dauphin

Le roi, étant en cette extrémité, entra un matin en son oratoire tout seul et là, il fit une humble requête et prière à Notre-Seigneur dedans son cœur, sans prononciation de paroles, où il lui requérait dévotement que si ainsi était qu’il fût vrai héritier descendu de la noble Maison de France et que le royaume lui dût justement appartenir, qu’il lui plût de le garder et défendre, ou, au pis, lui donner grâce d’échapper sans mort ou prison, et qu’il pût se sauver (…)

Peu de temps après, il advint que… la Pucelle lui fut amenée, laquelle avait eu, en gardant ses brebis aux champs, inspiration divine pour venir réconforter le bon roi.

Elle ne faillit pas, car elle se fit mener et conduire (…) jusque devant le roi et là elle fit son message au signe dessusdit que le roi connut être vrai. Et dès lors, il se conseilla par elle et bien lui en prit.

D’après Guillaume Gouffier, cité par Régine Pernoud dans « Jeanne d’Arc par elle-même et par ses témoins », p. 57-58.

Jeanne fit faire son étendard sur lequel était peinte l’image de Notre Sauveur assis au jugement dans les nuées du ciel et il y avait un ange peint tenant dans ses mains une fleur de lys que l’image bénissait. (…)

Cette bannière est différente de l’étendard que Jeanne porte pour se rendre au combat (…) ; c’est l’habitude de l’époque, en un temps, où, désormais on est entièrement bardé de fer lorsqu’on se rend à l’assaut d’avoir un signe distinctif autour duquel peuvent se rassembler les gens de la “bataille”, c’est-à-dire de la compagnie d’un capitaine. (…)

En dehors de l’armure, il y a l’épée elle-même dont on sait qu’elle l’avait fait prendre dans l’église de Sainte-Catherine de Fierbois. (…)

Jeanne : Cette épée était dans la terre toute rouillée et il y avait dessus cinq croix et je l’ai su par mes voix et je n’avais jamais vu l’homme qui alla chercher cette épée. (…) Elle n’était pas très profond sous terre derrière l’autel à ce qu’il me semble. (…) Après que cette épée a été trouvée, les prélats de l’endroit l’ont fait frotter et aussitôt la rouille en est tombée sans difficulté.

Régine Pernoud, « Jeanne d’Arc par elle-même et par ses témoins », p. 66-68.

à suivre…

Orléans

à suivre…

La route du sacre

à suivre…

De Reims à Compiègne

à suivre…

Le procès de condamnation

à suivre…

La mort

Quand elle fut délaissée par l’Église, j’étais encore avec elle et, avec grande dévotion, elle demanda à avoir la croix. Entendant cela, un Anglais qui était présent en fit une petite en bois du bout d’un bâton qu’il lui donna et dévotement elle la reçut et baisa en faisant pieuses lamentations à Dieu notre rédempteur qui avait souffert en la croix pour notre rédemption. (…) Et elle demanda humblement que je lui fisse avoir la croix de l’église afin que continuellement elle la pût voir jusqu’à la mort. Et je le fis tant que le clerc de la paroisse Saint-Sauveur la lui apporta. Laquelle apportée, elle l’embrassa fort étroitement et longuement et la détint jusqu’à ce qu’elle fût liée à l’attache.

Jean Massieu, cité par Régine Pernoud dans « Jeanne d’Arc par elle-même et par ses témoins », p. 274.

Le jour où Jeanne fut brûlée, le bois était préparé pour la brûler avant que le sermon soit fini et que la sentence ait été prononcée. Et aussitôt la sentence portée par l’évêque, sans aucun délai, elle fut conduite vers le feu, et je n’ai pas vu qu’il y ait eu aucune sentence portée par le juge laïque. Mais elle fut immédiatement conduite au feu.

Une fois dans le feu, elle cria plus de six fois : “Jésus” et surtout en son dernier souffle, elle cria d’une voix forte “Jésus !” au point que tous les assistants purent l’entendre.

Presque tous pleuraient de pitié et j’ai entendu dire que les cendres, après sa combustion, furent rassemblées et jetées dans la Seine.

Régine Pernoud, « Jeanne d’Arc par elle-même et par ses témoins », p. 274.

La réhabilitation

à suivre…

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