Jeudi-Saint – La Cène et l’institution de l’Eucharistie

B. L’institution de l’Eucharistie

Les synoptiques, qui ont glissé rapidement sur le festin légal, s’étendent davantage sur la cène eucharistique. Leurs récits sont cependant assez brefs, mais d’une parfaite limpidité. Laissant de côté, selon leur habitude, tous les détails secondaires, ils vont droit aux faits, qu’ils décrivent en leur conservant le double caractère de simplicité et de grandeur que Notre-Seigneur sut leur donner. Notons aussi une circonstance très heureuse et toute providentielle, dont nous comprendrons mieux la portée dans un instant : si saint Jean, qui avait consacré plusieurs pages de son évangile à la promesse de l’Eucharistie, dont ses devanciers n’avaient point parlé, a cru pouvoir se dispenser de raconter la réalisation de cette promesse, saint Paul vient le remplacer ici, et joindre son récit de l’institution à ceux des trois premiers évangélistes. Dans sa Ire Épître aux Corinthiens, après avoir dit que le Sauveur en personne lui avait révélé le mystère du cénacle, il en donne une description qui se rapproche beaucoup de celle, de saint Luc, son disciple, celui-ci ayant naturellement utilisé la narration de son maître vénéré. Nous avons ainsi, pour l’institution de l’Eucharistie deux groupes de récits. Saint Matthieu et saint Marc, qui ont entre eux une grande ressemblance, forment le premier groupe ; saint Paul et saint Luc, le second. Remarquons enfin que Jésus inaugura sa vie publique en recevant le baptême de Jean-Baptiste, prélude du baptême chrétien, et que, sur le point de l’achever, il va nous donner l’Eucharistie : heureuse association de deux des sacrements les plus riches et les plus bienfaisants.

1. La fraction et la consécration du pain

La formule « pendant qu’ils mangeaient » introduit dans les deux premiers évangiles une nouvelle phase, de la dernière cène. Ici, dit saint Jérôme, « on passe au vrai sacrement de la Pâque ». Prenant sur la table un des pains azymes placés devant lui, Jésus le bénit, en prononçant la prière accoutumée ; puis il le rompit, pour que chacun des Onze en eût sa part. C’est ce rite, imité par les apôtres et leurs successeurs, qui fit donner aux mystères eucharistiques le nom de « fraction du pain » dans la primitive Église. Lors des deux multiplications miraculeuses des pains, le Sauveur avait procédé de la même manière, levant d’abord les yeux au ciel, comme il dut faire aussi au cénacle. Avant de distribuer le pain à ses disciples, il leur dit : « Prenez et mangez » ; il prononça ensuite cette phrase sacramentelle : « Ceci est mon corps, qui est donné pour vous ».

2. La consécration du vin

Pour que le banquet du divin amour fût complet, il fallait un breuvage de même nature. La coupe qui avait déjà circulé plusieurs fois pendant le festin légal va porter aux apôtres une liqueur toute divine. Elle n’avait pas la forme de nos calices actuels. C’était, d’après les données archéologiques, un gobelet peu profond, très évasé muni d’un pied fort bas et de deux petites anses, imité des modèles grecs et romains, selon la coutume juive d’alors. Dans cette coupe, Jésus versa du vin rouge, qui a toujours été le plus commun en Palestine, et aussi un peu d’eau, comme l’enseigne généralement la tradition. Le rituel juif prescrivait d’ailleurs en termes formels de faire ce mélange dans les coupes du festin légale. Après ces rapides préparatifs, le Sauveur prononça sur la coupe, ainsi qu’il l’avait fait sur le pain, la formule usuelle de bénédiction. Il l’éleva ensuite légèrement, et il la consacra, en disant : « Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de la nouvelle Alliance, qui est répandu pour beaucoup, pour la rémission des péchés ». Elle passa alors de main en main parmi les Onze, « et ils en burent tous », ajoute saint Marc.

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